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Huiles sur toile

Le concept, c’est la Belgique, quelque chose de connu, je prends des éléments usuels de la culture belge. Par là j’ai suivi l’exemple de Marcel Mariën et dans une moindre mesure celui de Broodthaers. Mais j’y ai ajouté le côté subversif et politique qu’il n’y avait pas du tout chez Broodthaers et, dans une moindre mesure, chez Mariën. La subversion brutale. Ce serait là mon apport. D’être moins préoccupé par le côté esthétique que par l’action directe !
Je récupère tout. Dès que c’est signé Bucquoy, c’est belge.
Il y a art dès qu’il y a objet populaire, c’est-à-dire reconnaissable dans une culture, par un groupe. Un objet qui est mis hors contexte, de telle façon qu’il en résulte une plus value de savoir en tout genre et qu’il mette en boîte la routine de la pensée unique. En quelque sorte, il met hors circuit nos réflexes conditionnés.
Démonstration. Je pars d’un objet populaire, usuel, exemple : le torchon de cuisine. La matière, c’est de la toile, c’est représentatif. Graphiquement, c’est bien, c’est joli, c’est esthétique. Je l’associe à la frite dans la mesure où ce torchon est employé en friterie. Quant à la frite, elle est reconnaissable par un groupe, par une culture, … par la Belgique. L’appellation huile sur toile se réfère à ce qu’est la peinture classique : Manet, Monet, Matisse pour les impressionnistes, Garouste, Yan Pei Ming, pour les contemporains. Je procède à une remise à jour de ce qu’est réellement la peinture, qui est d’abord et avant tout de l’huile sur toile. C’est une façon de réduire à néant ce qu’est la peinture. En nommant, on détourne. Et en même temps, j’ouvre cette perspective : être entouré d’objets artistiques jusque dans sa cuisine !
On le voit pour la frite, on le voit pour le slip (mais là on dépasse la Belgique pour être mondialisé). C’est le même processus avec le musée de la femme (la femme réelle) et de passer là de l’objet au sujet en mettant en valeur ce qui est important : non pas l’art en soi, mais l’art pour soi.
Il y a encore la toile trouvée par hasard. La croûte trouvée. Reprise telle qu’elle. Annulant le nom de l’artiste pour
la resigner et lui conférer une nouvelle place. Du coup, cela change le regard du spectateur qui retrouve la vanité des choses, voire sa propre vanité. Cette série pourrait s’appeler : vanitas vanitatum et omnia vanitas.

Jusqu’au néant

Plus loin, il y a la recherche du néant dans l’art. Quand je peins un territoire, la peinture ressemble à un big bang. On dirait la rencontre de l’ovule et du sperme. Quand on voit des images de satellite cela ressemble à cela. Recherche de néant. Comme beaucoup, j’ai proposé des monochromes blancs, ce qui a fait la fortune de certains, On vient du néant, on retourne au néant, c’est un des messages de l’art, un message qui devrait nous permettre d’être plus libre dans notre vie quotidienne. Encore faut-il être capable d’en rire.
Après les monochromes blancs, j’étais obligé de ne plus avoir d’image du tout et de ne présenter qu’un cadre sur un mur vide. Pour que le message soit signifié, je devais signer dans le vide, le mur ne m’appartenant pas. Et comme l’objet final c’est un vide avec une signature sur un mur, il échappe aussi à la vente et au commerce. J’ai donc inventé un objet totalement inutile.

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© 2018 Jan Bucquoy

Par Linéale